L'Échine Verbale

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mardi 5 janvier 2010

Mon cœur

Le vent siffle encore dans mes oreilles tout en caressant mes cheveux mi-longs.
Je reste planté là comme un être désossé à qui l’on aurait arraché son cœur.

« Abattez-le ! »

Planté là, au milieu d’un décor dont je fais partie, les oiseaux me prennent pour leur perchoir.
Les corbeaux déchiquètent leurs bouts de charogne sur mes ramures qui décrépitent aux rayons glacials du soleil.

Enduis de cette coulure morbide et malodorante, suffoquant au milieu du monde que l’on piétine, je ne sais plus où aller.

Seul au milieu de Tous. Tous autour de Moi. Moi au milieu d’Eux. Toi tu es partie parmi ceux-là. Me laissant Solitude comme unique compagne. Elle bouffe tout mon espace. Jusque là tout va bien. Tout.

S’en aller au bout, là où le silence se fait, au cœur du néant. Au sein même de l’inexistence. Être inexistant mais vivre dans vos mémoires à Jamais.

Devenir un Immatériel.
Devenir une Pensée.
Devenir un Souvenir.
Devenir une Douleur.
Devenir un Regret.
Un Echec, un Passé…

Sans vous, sans toi, sans lui, sans eux. Seul. Tous.

Mon unique,

Quand vais-je te rencontrer ?
Quand pourras-tu m’aimer ?
Quand viendras-tu me montrer le beau autour de toi ?

Bourgeonner, renaître de ses cendres.
Fleurir au cœur de ma souche, éclater mon cœur vermoulu,
Redonne moi confiance en l’Amour ; en la Vie.

jeudi 29 octobre 2009

L'Ocarade

Aujourd’hui, j’ai ouvert les yeux plus tôt que prévu.

Mon monde est celui de la consommation, je vends de quoi manger, de quoi vivre ; je suis commerçant. Tous les jours, je croise des têtes sans visage ou des visages sans tête. Durant un court instant, les néons illuminent mes clients perdus dans l’infinité des rayons symétriques. Aussitôt leur chariot plein à craquer, ils repartent dans l’obscurité de l’anonymat sans dire un mot. Tout ça me convient. Je trouve ce boulot drôle (sûrement à cause de ma nature optimiste et curieuse), je trouve un intérêt à la plus banale des activités. Pourtant, ce jour là fut moins drôle et banal que les autres.

Marlène est morte.

C’était un matin d’automne, le vent écrasait de petites gouttes de pluie contre les vitres déjà tapissées de feuilles humides et mortes. Emmitouflée sous la couette, Marlène dormait sereinement à mes côtés.

Ses cheveux bruns recouvraient la scène de son visage, tout était dramatiquement beau. Sa petite tristesse du matin était déguisée d’un petit sourire en coin annonçant sa première réplique.

-          Bonjour, me dit-elle d’une voix suave et endolorie par la nuit.

Pour moi, chacun de ses réveils était unique, je ne manquais jamais un « levé de rideau ». Ce matin là encore j’ai pu découvrir un amour plus grand et encore grandissant à l’égard de Marlène.

-          Tout pareil, lui dis-je d’une petite voix encore intimidée par la scène.

Dehors, le temps ne s’arrangeait pas, au contraire la grêle roulait sur les toits tandis que le vent sifflait sous les portes.

Marlène et moi avions prévu d’aller faire quelques courses dans la matinée, de déjeuner en métropole puis de prendre le soleil en bord de mer. Notre programme semblait compromis par le mauvais temps (pourtant, c’est une commune où le soleil ne cesse de briller !). Il faut croire que le sort avait décidé de nous emmerder, ça faisait déjà plus d’une semaine qu’il pleuvait à torrent.

-          Andy ! Tu m’avais promis que l’on irait !

-          Mais… bien sûr ne t’en fais pas, laisse moi juste le temps d’immerger…

Je ne pouvais rien lui refuser malgré mon envie irrésistible de passer une journée sous les draps encore tièdes. J’aurais peut être dû succomber à mon envie ce jour-là.

Nous n’habitions pas trop loin de la gare, dans le centre ville. Ici, l’ennui trônait. Comme tout le monde, il fallait bien que l’on remplisse nos jours de repos alors on faisait comme on pouvait ! On prenait fréquemment le train afin de nous extirper de la morosité constante et planante au dessus de nos têtes. Nous nous évadions donc en direction des grosses métropoles qui s’allongeaient sur la mer. Ce n’était pas génial, mais ça nous changeait de notre petit bourg au microclimat grisâtre.

Notre escapade fut particulièrement étrange.

Marlène et moi étions prêts à partir ! Malgré le mauvais temps, nous étions excités à l’idée de cette journée en amoureux, loin de l’ennui, du travail, du commerce, des clients (Marlène et moi travaillions ensemble).

Nous avions pris le « Train des chênes ». C’était un train de campagne atypique qui nous tirait dans l’enfer des métropoles. La plupart des passagers faisaient comme nous ; ils allaient se ressourcer dans le chaos urbain, loin du calme rural.

-          C’est encore loin ?

Marlène était effrayée par tout type de transport… ce qui l’amenait souvent à cacher sa peur derrière des questions et réponses sans grand intérêt.

-          Tu sais bien… Il faut encore traverser la forêt des Grives puis contourner l’Ocarade…

L’Ocarade était un immense rocher qui surplombait tout la région. On aurait dit que Dieu lui-même l’avait laissé tomber là, au milieu de nulle part.

Alors que le temps s’écoulait tranquillement, le train disséquait sagement forêt puis montagne en de petites courbes acérées tout en crachant ses crissements. Il glissait lentement entre les arbres puis grignotait de temps en temps le ventre de l’Ocarade.

Lors de la traversée d’un long tunnel, je sentis Marlène s’agripper à mon bras. Le poids de sa peur et la mélodie régulière que délivraient les rails m’invitèrent à poursuivre ma nuit. Les petites réflexions de Marlène empêchèrent mes paupières de tomber.

-          Les gens sont vraiment bizarres dans ce wagon, tu ne trouves pas ?

-          Si, si… si…

Mais à présent, je distinguais à peine sa voix, elle s’évaporait déjà dans mon sommeil.

jeudi 28 mai 2009

Parution roman - Le venin - Amandine Ravet -

Portrait d'une jeunesse fragile, d'une passion dévorante, d'un amour impossible. Brisée et blessée, Lola cherche une raison de vivre là où elle ne trouvera que l'envie de mourir. Âgée de 22 ans, étudiante en Lettres modernes et jeune maman, Amandine Ravet nous livre son premier roman, touchant et cruel, Le Venin.

Os brisés. Dernières larmes, dernières gouttes de sueur, corps refroidi, vide, cicatrice cuisante, cœur gelé. Égoïstement, je le maudissais, je le détestais de me laisser là, c’était un lâche, un étrangleur de vie, je suffoquais. J’ai craché mes larmes par ma peau, je les ai vomies.


Se procurer Le venin d'Amandine Ravet



lundi 16 février 2009

L'adolescent

« J’en ai assez de vivre dans cette cage dorée. C’est comme si ma tête allait exploser. On ne manque de rien ici ; excepté de liberté. Chacun dans sa case, chacun sur son perchoir. La solitude est d’autant plus effrayante lorsque l’on est entouré de vivants déjà morts. Comme une impression de ne jamais pouvoir s’en aller. Me résigner ? Impossible, j’ai trop soif de vivre. Une fois évadé de ces lieux clinquants je jure d’en profiter, de vivre ma vie et de ne plus subir les leurs. On ne fait que parler argent. Je vous jure, « on ne s’en va pas ».

On ne s’en va pas monsieur de chez ces gens là.

Bourgeoisie pourrie. Finalement, j’aurais préféré un père artisan, fermier, menuisier, ouvrier ou autre mais un père avant tout. Un père qui sache comprendre le mal être certain de toute sa famille et non pas d’un père qui fuit. « Encore un caprice » doivent-ils sans doute penser. Pourtant, ils ne voient pas que chaque jour je m’enfonce un peu plus dans mon mutisme. J’ai peur d’en arriver à les détester, à couper définitivement ce lien trop vieux qui n’a pas su se détacher naturellement. Non sans douleur je le trancherai de mes propres dents ! C’est donc ça, aimer ses enfants ? Navré je suis.

Étouffé de blé, de technologies et de belles fêtes. Franchement, je déteste ça. Mais allons-y gaiement et avec le sourire, amusons-nous ! C’est qu’il ne faudrait décevoir personne…

Maintenant, je pars. »

Un adolescent de 15 ans - lettre rédigée le 12 août 1994.

Il fut retrouvé mort le 18 avril 1996 au sein d'un bois.

samedi 10 janvier 2009

Lettre aux femmes

Mes yeux viennent se plonger dans ton décolleté. Tes hanches viennent cogner mon cœur anesthésié. Pourtant, ce jour-là, c’est toi qui es venu me trouver. Aujourd’hui, sur la route de ta chaumière plus je m’avance et plus je tremble de joie. T’es qu’une goutte d’eau qu’on doit poser là.

C’est ta voix liée à ton sourire qui me ressource. Inexplicable besoin de toi. Besoin de toi comme la pluie a besoin de ses nuages. Tenir tes mains et tes petits doigts carrés. Les cheveux enroulés derrière tes oreilles, je passe ma main encore une fois dans le jardin de ton crâne. À tes oreilles, j’ai envie de leur susurrer les mots qui émoustillent tes lèvres, ceux qui laissent apparaître tes fossettes où je tomberai même. C’est ta silhouette si féminine qui donne tant de force à ta démarche de femme libérée. Force de caractère. T’es qu’une rose enivrante contre laquelle bien trop souvent je me suis piqué. T’es qu’une fleur au milieu du désert ; dernière et éternelle survivante de la main brûlante des hommes.

Il faudrait que je te déplie pour te plier, il faudrait que je te froisse pour te défroisser.

Du haut de tes talons et de ta silhouette d’acier si tu pouvais chuter pour je puisse te rattraper. Si seulement tu pouvais te laisser aller alors je pourrais te consoler puis t’enlacer de toute ma musculature rouillée.

J’aimerais avoir ton cœur à réchauffer et à épousseter. Puis le poser là au bord de la cheminé.

Que l’on puisse partir tous les deux, les mains enchaînées puis qu’on aille se perdre dans l’océan comme les rivières viennent mourir dans les estuaires. De temps en temps, je pourrais être ton étang et toi le fleuve qui s’écoulerait en moi. Un paisible étang, miroir du ciel, aucune impureté.

Se préoccuper seulement de notre amour, se détacher du monde matériel, juste un instant, juste un instant. Que nos songes se mélangent ! Tu circules dans mes veines ; je t’ai dans la peau et je n’y peux rien. Tu es irrémédiablement là, t’es là comme le ciel, t’es là comme le soleil, irrémédiablement et infiniment là.

Laisse tomber tes épines afin que je puisse me frotter à toi. Laisse-moi encore sentir ton parfum. Laisse-moi te déraciner, laisse-moi t’arroser. Pour une fois, laisse-toi faire, laisse-moi faire.

Pour un court instant je serai tes yeux, pour un court instant je serai tes pas ; ton guide. Je te montrerai ce que je vois en toi, je te montrerai ce que tu ne vois pas en moi.

Alors laisse-moi faire.

Nos corps perdus dans le néant de la mère nuit. Nos corps inconscients et en activité se frottent à allumer un feu devenu incendie au milieu du noir. Un éclair puis la nuit.

Ton insolence ? J’aimais tant la voir s’échapper lorsque tu t’évanouissais dans tes rêves insouciants. Ton visage était alors vêtu d’une douceur infinie, de toute ta beauté de femme, de toute la beauté de ta fragile nature. Si de temps en temps et si seulement tu aurais pu montrer ta vulnérabilité.

Combien de fois ai-je pu passer ma main sur ton visage d’ange égaré ? Émotion insaisissable !

J’attends assis là au bal des amoureux que tu me désignes afin d’entrer dans ta danse infernale et endiablée. J’attends cette danse pour que nos corps enlacés s’enflamment comme des torches au milieu de l’arène des regards envieux, le battement de nos cœurs serait déjà synchrone comme le claquement de nos pas sur le sol braisé.

Dansons l’amour jusqu'à n’en plus pouvoir ! Pour un tango infernal dans le feu du soleil !

Aujourd’hui, je vole par-dessus les mers glacées me voyant refusé cette danse.

Je repars dans ma boîte à musique là où le mécanisme des émotions arrive encore à me faire frémir.

Penser encore à ta poitrine, à tes fesses, à tes hanches ; à tes formes. Te serrer contre mon buste jusqu’à en crever.

D’un anonyme à mesdames.

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lundi 5 janvier 2009

Un cœur dans la neige

A la surface de ce lac gelé dansent et serpentent de minces filets glacés. Ce trou béant au milieu de la verte forêt dégage une fumée de flocons parsemés. Le glaçon démesuré crache et vaporise une mortelle froidure.

La forêt est morte par les crocs de la gelure.

Un instant de silence, les feuilles brillent comme des éclats de verre. Grande plaque vitrée plantée dans le cœur verdoyant. L’incendie des neiges, les fumées glacées, les flocons brûlés.

Nu et seul, le cul collé contre la glace, je regarde encore ce reflet embrumé. Quand ma pensée s’en va six lieues sous glace alors c’est encore toi que je retrouve. Neige éternelle, amour à jamais insensé.

Mon cœur est alors verglacé, plus personne ne peut s’y accrocher. Toi tu patines dessus dessinant des sillons abstraits. Je veux pleurer mais mes larmes sont des perles glacées. A la pointe d’une stalactite est pressé mon cœur fêlé, des gouttelettes vermeilles viennent s’écraser sur ma vie enneigée. Le rouge envahit la pureté.

Dans la contemplation, mon cœur se fend dans le son d’une vie brisée.

vendredi 19 décembre 2008

Gabriel

Gabriel,

Mon petit ange descendu du ciel,
Te voilà venu me donner des ailes,
Sois certain que notre amour éternel
Te protégera du monde cruel.

Gabriel,

Je prends à cœur mon rôle paternel,
Pour dans la vie t’enseigner l’essentiel,
T’aider dans les épreuves naturelles,
T’aimer encore d’un amour immortel.

Gabriel,

Des choses arrivées tu es la plus belle,
Quand je te sens ici tu m’ensorcèle,
Endormi comme un tendre caramel,
Quand je te vois ainsi mon cœur martèle.

Gabriel,

Le cœur rempli de sentiments pêle-mêle,
Je souhaite voir pousser tes jolies ailes,
Puis sentir la douceur de chacune d’elles,
Et qu’enfin, nos deux regards s’entremêlent.

Gabriel,

Parce que ta maman est exceptionnelle,
Tu vas vraiment pouvoir compter sur elle :
Elle te montre des étoiles dans le ciel,
Elle te montre ô combien la vie est belle !

lundi 15 décembre 2008

Mémoire

La mémoire ça ne se gomme pas. La mémoire est là, indélébile. Seul le temps l’estompe. La seule chose que l’on peut faire est de la polir et de la rendre belle. Un beau souvenir, c’est un souvenir que l’on a figé à un moment précis. Tout est dans le ressenti. Ne laissons pas la beauté d’une relation s’estomper sous les coups du temps.

Au fond de moi, garder la lueur de ton regard, la chaleur de ton âme, une grande place pour ton cœur. C’est de ce souvenir dont on a besoin. Rupture judicieuse avant que colère, haine et dégoût ne ternissent ton être qui m’est précieux. Au fond de moi, tu es un fragment de ma vie, figé à jamais dans le noir et blanc, dans le blanc et noir.

Garder encore dans ma mémoire ces gestes, ces accolades, ces amours étranges, ces regards complices. Pisser dans la mer dans un état d’ébriété puis regarder l’horizon. C’est de ça dont nous avons besoin. Souvenir intarissable, amical.

Les larmes de nos fous rires sont comme des oasis au milieu de mes yeux désertiques.

C’est cela que je conserve de toi.

mercredi 10 décembre 2008

Regarder par la fenêtre

C’est dans ces brefs moments d’évasion où l’on ne sait ni quoi faire ni quoi dire que l’on se met à regarder par la fenêtre.

On se trouve beau à regarder par la fenêtre.

On regarde la pluie qui tombe continuellement puis on aperçoit un petit oiseau, sous la pluie, tout frêle et maigrelet. C’est si fragile ces choses-là. Puis on se pose de drôles de questions : « Comment est-ce qu’il arrive à voler cet oiseau, alors qu’il est si mouillé ? » C’est étrange.

C’est étrange de regarder par la fenêtre. Regarder la pluie qui tombe encore, regarder encore cet oiseau gelé. Mais le plus étrange dans ces moments où rien ne nous importe, c’est de se regarder soi-même. On se voit à la fenêtre. Oui je me vois là, accoudé à ma fenêtre en train de rêver. Parfois même, on se demande si on est plus bizarre que la normale de penser ce genre de chose. Se voir à la fenêtre, l’œil rêveur.

C’est vrai, c’est bizarre. Il s’agit de ces instants brefs que nous vivons de temps en temps. C’est court mais puissant. Concentré. On ne fait rien, on est désœuvré, on n’a que nous à penser ; on fait un bilan objectif de soi. C’est très rapide mais bon sang qu’est-ce que c’est douloureux !

« Qu’est-ce que je suis ? Où je vais ? Pourquoi moi ce n’est pas juste ! Et au final, tout ça, pour qui ? » Toujours pas de réponse. On n’attend rien. Rien n’est là.

On tourne, on repasse devant la fenêtre puis devant des meubles, on ouvre nos vieux tiroirs en espérant trouver du neuf en sachant que rien n’a bougé. Soudain, de vieux souvenirs ressuscitent. C’est douloureux un souvenir. On le repose là où il est bien, là où il est bien pour nous ; à l’abri de notre regard.

On remet nos croupes sur la chaise tournante. Pour la forme et le protocole on fait quelques tours rapides sur soi-même. On fixe le plafond qui ne nous salue pas. « Je sers à rien ». Le plus dur dans tout ça c’est de sortir de cet état de semi-conscience. On tente tant bien que mal de redonner de la valeur à la vie et aux choses auxquelles on accordait pourtant de l’importance.

On ne soupçonne pas la bizarrerie des gens lorsqu’ils sont seuls. En tout cas, c’est parfois inquiétant. Un vrai reportage animalier.

lundi 8 décembre 2008

Cage d'espérance

Le temps doit-il encore couler ou est-il gelé depuis longtemps déjà ? Je ne sais plus. Je vis dans cet espoir peut être inexistant. Je me dis que tout changera bientôt. Mais si ce n’était pas le cas ? Enfermé dans cette cage d’espérance et recroquevillé sur moi-même, je mâchonne les secondes que j’attrape. Au-delà des barreaux, tout me passe sous le nez, j’ai envie de sortir mais je ne peux pas.

Encore un peu, juste un peu encore.

Dans ma cage, personne ne me voit. Mais je les vois, moi, les personnes. Pourtant, quelqu’un s’est agrippé à mes barreaux rouillés. Grand sourire, force de vivre, yeux pétillants, charmante. Ma cage est entre-ouverte. Rester encore.

Tu me donnes envie de m’envoler et de partager un bout de ciel avec toi. Mais s’il n’était qu’orage, je ne voudrais pas paraître égoïste.

Attendre. Seul. Mentir. Apaiser l’entourage. Absence. Retour.

Du temps, très peu il en reste. Je ne suis plus apte à être raisonnable. Rester dans ma cage d’espérance et continuer à voir la vie défiler pendant quelques lustres. Je crois en cet espoir et c’est bien ce qui m’effraie.

jeudi 4 décembre 2008

Mélancolie sur la colline

Évidemment, on ne laisse pas le vent nous mordre. Lorsqu’il se jette dans nos cheveux ça fait comme de petits tourbillons. C’est joli un crâne, c’est comme une petite colline où poussent des hautes herbes.

Moi, je suis sur une colline. Les mains dans les poches, une écharpe serpente autour de mon cou, une veste danse. Le vent agite mon pantalon, il gonfle, j’ai l’impression de pouvoir m’envoler. Mon écharpe flotte déjà, comme si un être invisible tentait de me l’arracher. Ma veste est une oriflamme bruyante qui claque au vent. Une rafale ! Puis quelques poussières déposées sur le visage.

Bientôt, c’est mon cœur qui sera gonflé d’air pur. Après, c’est mon cœur qui sera poussiéreux. Enfin, ça sera mon cœur qui claquera, éclaté au sol comme une fleur habillée d’un manteau de glace.

Mélancolie sur la colline, les pieds engloutis dans l’herbe grasse de décembre. Je regarde l’horizon. Je ne regarde pas, je perds mon regard là bas, dans des pensées invisibles. Souvent, son visage me revient. Son visage me revient tout le temps. Inlassablement.

J’hurle au vent en espérant qu’il livre mon amour éternel aux creux de ses oreilles.

lundi 1 décembre 2008

Un chien couché sur le paillasson

Pierrot,

J’ai de mauvaises nouvelles à t’apporter. Je déteste être celui qui dissèque les oiseaux de mauvais augure mais je crains qu’il te faille être au courant. C’est Joe, encore une fois.

Comme prévu, Il est venu à la maison pour prendre un verre et fumer une cigarette. Sauf que son état n’était pas normal Pierrot. Notre soirée a vite viré au rouge lorsque je l’ai trouvé sur le seuil de la porte d’entrée ; gueule ensanglantée, balafrée.

Un chien couché sur le paillasson. Gratter le bois. Hurler silencieusement à la mort.

Effrayant ! Ce n’était pas beau à voir Pierrot ! Et le pire dans tout ça c’est qu’il ne parlait pas, il pleurait une souffrance cryptée.

Je ne l’ai pas laissé sur le pas de la porte, tu penses bien ! Je l’ai traîné jusqu’au sofa sur lequel il a pu déposer sa corpulence parasitée de maux. Ça lui a fait du bien de déposer tout son poids. Je peux te dire que j’ai eu du mal à traîner sa carcasse défectueuse.

Sa bouche ne lançait pas un seul mot, ses yeux dessinaient des vagues hypnotiques que je n’osais regarder de peur de m’y noyer. Il était là. Enfoncé dans le sofa, bien au centre, les jambes écartées, le pantalon trop serré à l’entre-cuisse. Ce n’était vraiment pas élégant. Il puait Pierrot… Mais il puait ! Infernal. Des arômes nauséabonds indescriptibles.

Il fallait bien que je fasse quelque chose.

J’ai secoué son crâne rempli de malheurs. Pas trop, je ne voulais pas que ça déborde sur mes avant-bras. Ses yeux ont fini pas s’animer, les vagues étaient sèches. Il m’a regardé comme on regarde le vide. Je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Il m’a répondu qu’il venait d’assassiner Fabio. Après quoi, il s’est levé ; il est parti je ne sais où.

Écoute, je ne suis pas aussi proche de Fabio comme toi et Jacquot l’êtes, je ne sais pas ce qui cloche chez Joe mais je crois bien qu’il y a un monstre de jalousie qui sommeille en lui. Une histoire de femme. Du lard ou du cochon ? Je ne sais pas Pierrot. À toi de t’informer plus amplement.

Je me devais de t’annoncer cela, je ne pouvais garder cette angoisse au fond de mes yeux.

Jef.

mardi 18 novembre 2008

Saveur automnale

Jacquot,

Ça y est mon beau Jacquot ! Je l’ai embrassée ! J’ai embrassé Suzanne au cours de notre petite cueillette aux champignons ! Je suis si heureux Jacquot…

On était là, tous les deux, à l’ombre des feuilles brûlantes de l’automne. La terre nous offrait tous les remugles de la vie profonde, on enfonçait nos pieds dans les tas de feuilles et dans le terreau mou. Le soleil traversait délicatement les feuillages et venait nous picoter les yeux. Le tapis rouge et orange qui s’étalait sous nos pieds se soulevait sous chacun de nos pas dans un bruit de balai. C’était beau à voir Jacquot ! Entendre le bruissement des feuilles mortes…

Parfois des petits champignons perçaient ce tapis de sang, ça faisait comme une imperfection ! Suzanne sortait alors son Opinel pour décapiter tendrement ces verges boisées. Délicatement, elle les posait dans son petit panier en osier suspendu au creux de son bras. Moi, Jacquot, je la suivais, elle sentait bon la nature tu sais !

C’était le moment propice ; elle s’est adossée à un tronc d’arbre puis elle s’est laissé glisser tout le long. Son petit dos fragile faisait un bruit de râpe. Je me suis dirigé vers elle, je me suis accroupis, je l’ai regardée brièvement dans les yeux et j’ai vu. J’ai vu Jacquot ! C’est alors que je l’ai embrassée !

Mais ça c’est une autre histoire. Je dois me remettre de mes émotions ravagées avant d’en parler, je devrais la revoir dès demain… D’ici là, j’ai de la paperasse qui m’occupera ! Bien à toi mon bon Jacquot, raconte moi tes aventures et mésaventures croustillantes ! On est couillons Jacquot ! Parfois, on jacquasse comme des femmes !

Fabio.

Impérissable nouveau

Tu es venue comme un bouton refleurir les murs de ma chambre. Tout as été lessivé, tout as été lavé, tout a été remis à neuf. Parce que tu es là, pour moi, parce que tu acceptes ma vie et mes versions passées, parce que tu as su dérober un fou rire chez moi, un sourire, un regard. Pour tout ça, je te suis redevable. Tu as exorcisé tous mes démons ! C’est impensable. Mes stigmates ne sont là que pour me rappeler. Toute la méfiance que je dégage ne doit pas te faire fuir, tu as su m’apprivoiser. Du nouveau, du concret, de l’humilité dans ton regard. Je ne suis pas tout à toi, pas encore. Tu m’as délivré, à moi de m’évader maintenant. M’accepter dans mon corps entier tu l’as fait. Et parce que notre lien n’est pas périssable, il n’est pas essentiel de le mettre au congélateur, petite morgue personnelle.

dimanche 9 novembre 2008

La cabane aux songes, extrait

Enfin, Tristan débuta un rituel propre à l'Homme : le déshabillement.

Il opérait son corps, là, dans cette chambre où la notion du temps lui échappait, où la poussière flottait sans mouvement, où l'ombre s'était dissipée dans les méandres de l'inconscient ; il se dénudait. Il débuta son rituel par le délassement de ses mules usées et jaunies par temps et poussière cueillie sur les steppes infinies, où la terre battue se transformait en nuage lorsque sous ses pas surréalistes il allait en quête de l'ailleurs. Puis, il fit glisser son pantalon d'albâtre le long de ses jambes, son pull d'ébène retombait jusqu'aux hanches. En retirant ce pull chargé d'électricité, mille étincelles s'excitaient au contact de sa peau plâtrée. C'était une scène intemporelle où tout semblait se figer aux tics et tacs délivrés par ce pull. Une boule de tissu se forma à ses pieds. Il laissa tomber un à un les oripeaux qui lui pesaient depuis tout ce temps.

Vint le slip blanc, vint les chaussettes noires.

La cabane aux songes, extrait

Dans un élan mal contrôlé, Marie craqua une allumette. La tête rouge de soufre s'alluma dans une vive chaleur et se mit à feuler avec agressivité. Le feu qui tentait de prendre de l'ampleur à la pointe de l'allumette laissa rapidement place à une calme flammèche noircissant déjà le petit bâtonnet qu'elle tenait du bout de ses doigts. Marie catapulta cette boule de feu de la pointe de ses ongles qui n'hésitèrent pas une seule seconde à incendier les fantômes du passé qui hurlaient déjà de peur. Le feu commença doucement à grignoter les rideaux que la mère de Marie avait brodés. Les flammes se mirent à grimper le long des fenêtres et dès cet instant, on aurait dit des rideaux de feu léchant goulûment le plafond de bois maintenant charbon. D'énormes langues enflammées vinrent naître du ventre de ces rideaux, elles bavaient de grosses gouttes de fumée blanche qui inondèrent rapidement toute la maison. En quelques minutes, la maison de Marie fut drapée d'une épaisse fumée. Marie sortit doucement du salon puis traversa l'épaisse fumée qui dévorait littéralement la maison, une fois arrivée à l'extérieur, Marie marchait toujours tout droit, dos à ses fantômes suppliant, elle laissait derrière elle une traînée de fumée qui s'échappait de ses cheveux décorés des cendres du passé. Elle contempla une dernière fois l'énorme bûcher incandescent qu'elle avait allumé.

vendredi 7 novembre 2008

La cabane aux songes, extrait

Il n'y pas de temps, il n'y a pas de lieux, il n'y a pas d'histoire. D'abord ; il y a les mots puis naissent les couleurs, les formes, les lieux, les personnages, les sentiments. Ici, tout est abstrait ; rien n'est concret. Seuls sont là le dégoût, l'attachement, la tristesse, la lassitude et l'incompréhension ; les émotions feront naître une spirale infinie. Rien n'est absolument fixé dans tout ce qui va venir, tout est aléatoire selon l'envahissement des émotions. Il ne s'agit que d'une peinture abstraite dans laquelle un cheval pourrait ressembler à un tas de bûches, dans laquelle un nœud ressemblerait à un sexe, dans laquelle une lune serait une gommette collée sur du papier peint, dans laquelle un charbon serait un lapin, dans laquelle une coupole serait un cerveau...

L'histoire n'en est pas une. Les personnages ne sont maîtres de rien, ils sont figés dans l'abstraction d'une toile. Ils sont créés de toutes pièces.


Le livre La cabane aux songes

Acheter La cabane aux songes

Extrait :


Marie se trouvait au sommet de cette jolie colline arrondie et collée à ce fond de ciel bleu. De là, elle pouvait apercevoir la petite cabane dans laquelle je circulais. Marie était une jeune demoiselle en pleine éclosion, ses yeux noisette pétillaient de mille éclats, sa peau était lustrée comme une pomme, ses tâches de rousseur étaient comme des akènes sur la surface d'une fraise et ses sourcils broussailleux suggéraient sa simplicité. Du haut de sa petite colline, Marie sentait le désir de puissance monter en elle, du bout de ses tendres doigts, elle tentait d'écraser nos quatre murs. D'en bas, on aurait cru voir arriver un fou chevalier aux espoirs de conquête, mais Marie était bien loin de cette rêverie là, elle savait pertinemment que sa vie se trouvait dans cette cabane cernée de collines et de talus retenus par la force des tendres violas. Tous ses projets d'enfance s'étaient volatilisés, l'amour la retenait à mes côtés, pour toujours. Pour toujours Marie serait mienne, aux côtés de ces murs sablés, aux côtés de ces murs verdoyants, aux côtés de ces murs passionnels.

 

Plus loin ; la mer, et plus loin encore ; l'horizon. C'est sous le regard de cet horizon que Marie se perdait dans le vert de la mer. Elle aimait rêvasser, debout sur les lieux surplombant notre amour, elle aimait espérer, assise sur le sable fin et froid de la plage hivernale. Souvent, sur la plage, Marie s'imaginait des tas de stupidités, elle regardait le sable poussé par le vent et se reconnaissait dans ce grain de sable sans volonté. Et parfois, elle se reconnaissait dans ce grain de sel voguant parmi les flots, sans but, et s'échouant sur un rocher.

 

C'est un peu ça Marie. Elle est mon grain de sable, elle est mon radeau sans voiles, je suis son souffle, je suis ses flots. D'une certaine manière, Marie adore se faire ballotter de mer en mer, elle vénère mon souffle. Lorsque je passe ma main dans ses cheveux, je sens une fraîcheur iodée lécher mes doigts ligotés. Je suis au bord du précipice, prêt à plonger dans cette mer de pensées inconnues qu'elle garde à l'abri de moi, au fond de sa coupole charnelle.

 

Les cheveux qui arboraient son crâne oblong formaient un véritable nid de cigogne dans lequel mon regard s'emmitouflait lors de mes instants d'évasion. La coiffure de Marie était extraordinaire, on pouvait y trouver des merveilles cueillies au gré du hasard, lors des grandes promenades qu'elle entreprenait seule le long de la plage, le long des collines, le long des crêtes affûtées par mers et vents immémoriaux. Feuilles, sable, sel, boue, racines, écorces, épines, fourmis et pétales pullulaient dans son nid. Marie transportait un microcosme témoignant de ses destinations gardées au fond de sa mémoire. Elle était la sentinelle voyageuse de cette civilisation hétéroclite suspendue au bout de ses cheveux. Les mains exploratrices de Marie étaient souvent glaisées et avaient un teint verdâtre qui trahissait les activités qu'elle avait faites. Souvent, du haut de la colline, je pouvais apercevoir Marie patauger dans de la glaise bleutée et créer de drôles de poteries qui exprimaient des formes inquiétantes. Puis elle s'en allait, laissant derrière elle ses créations habillées de rêves et d'angoisses.

 

Quand Marie rentrait à la maison, les pieds empaquetés dans la boue, les mains glaisées et le microcosme sur la tête, la première chose qu'elle faisait était de s'affaler sur le lit situé au milieu de la cabane. Elle restait inerte durant de longues minutes, couchée au milieu de cette cabane percée par de chauds rayons de soleil où le vent coquin s'infiltrait entre les planches. Il se faufilait, s'engouffrait et se pressait pour caresser la douce peau de Marie et briser les remparts de sa chevelure. Marie s'évanouissait peu à peu dans ce berceau venteux et ennuagé, elle s'abandonnait complètement à ses rêves de liberté. En attendant son retour, je ne pouvais que rapprocher mon visage de son visage et sentir la chaleur de son souffle caresser mon haleine mortuaire et glaciale. Je délivrais les notes régulières de ma respiration à ses oreilles en forme de coquillage où bruissait encore le ressac des vagues et la disparition de l'écume sur le sable frais. Marie vivotait ainsi sur ce maigrelet morceau de terre depuis que ses parents furent morts.

Marie était une fille accompagnée de sa solitude, elle parlait avec silence à la mer qui gardait précieusement les secrets qu'elle lui délivrait, elle s'enivrait des caresses du vent, elle s'emmantelait de boue quand ce n'était pas de poussière et, souvent, elle se confiait à la lune les soirs d'été où les remous du ciel semblaient aspirer les étoiles naissantes et moribondes. Depuis la mort de ses parents, Marie vivait ainsi au plus près de la nature, sa seule mère de substitution, et avait perdu l'usage de la parole et le désir de communication avec l’Homme.

 

Je n'osais lui avouer mon existence. Elle était mon seul courant d'air, mon seul amour, j'étais son amant invisible, je transportais ses charmantes odeurs aux confins de l'horizon, j'étais comme le vent, fugace, et transporteur de frissons mortels, je pouvais balayer les cumulus, les stratus et les nimbus qui obstruaient l'esprit de ma nymphe. Mais elle ne connaissait pas mon existence, elle ne se doutait pas de l'avenir que je lui préparais ; en tout cas, pas encore. [...]

lundi 3 novembre 2008

Des espoirs désespérés

« Voilà, c’est fait. ». C’est ce qu’il m’a dit lorsqu’il est rentré de son travail. Je ne savais pas de quoi il parlait mais il avait l’air terriblement seul, tout ce qu’il était en train d’entreprendre ne semblait avoir aucun sens pour lui. À dire vrai, tout ce qu’il était en train de réaliser n’avait de sens pour personne ; personne ne l’attendait dans cette sombre maison. Plus personne ne l’attendait. Il parlait tout seul.

« Moi ? Je ne suis là que pour raconter ! »

Il tournait en rond, il ne cessait de regarder par la fenêtre pour voir si quelqu’un allait venir lui demander comment se déroulait sa nouvelle vie. Mais il n’y avait personne au portail, pas même un chien. Non, il n’y avait personne.

Il commençait à se demander si tout ça avait une signification. Malheureusement, il en imagina une : il avait encore de l’espoir. Mais c’était un étrange espoir : celui-là était désespéré, il le savait. Pourquoi s’accrochait-il à quelque chose en chute perpétuelle ? C’était comme tenir une pierre dans les mains ; sans la falaise la pierre est une méprise.

C’était bien ça son drame. Il savait tout ce qui allait se passer. Impuissant, il attendait que ça se réalise, il ne pouvait de toute façon rien faire. Il connaissait par cœur le schéma, il n’y avait aucune issue.

C’est le drame de la vie. La vie est le drame qui arrive à tout le monde. Il était tout seul, il se sentait pathétique regardant au travers de cette fenêtre sachant que personne ne viendrait.

Des espoirs désespérés.

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samedi 1 novembre 2008

Il pleut sous ma couette

Dehors les grosses gouttes d’eau s’écrasent contre le sol. Dans le noir, j’ouvre les yeux et j’imagine chaque graine d’eau venant s’abattre sur le toit. Je regarde en direction du plafond, je sais qu’il est là, je l’entends mais je ne le vois pas. Il y a juste cette infinité offerte par le noir. Mais la pluie me ramène vite à la réalité : je suis cerné de murs.

Ce que j’entends maintenant, c’est la pluie qui s’abat sur mes volets clos. Ce sont des postillons soufflés par dieu, ils s’étalent et s’écoulent le long de mes volets, je les entends. Vent et eau sont liés. Ils coulent, ils glissent, ils s’écrasent. Des rafales ! Ce sont maintenant des rafales de colère qui viennent ponctuer le chant de la pluie orchestré par le vent. Les rafales apportent anarchie et violence à ce doux requiem. J’entends tout ça, j’imagine tout ça sous ma couette.

Ma couette est lourde comme si quelqu’un était allongé sur mon corps. C’est agréable un poids sur soi, c’est certain. Mes draps sont encore glacés. Parfois, j’ai l’impression d’être dans la position d’un défunt ; les mains croisées sur mon buste, les pieds raides. Alors je me projette dans un futur proche ou lointain, je vois des gens qui pleurent de la pluie salée. Je vois la pluie mouiller les feuilles mortes, je vois le vent les emporter et les claquer contre des murs et des visages. Elles arrivent comme des paires de claques. Rapidement, je reviens dans mon noir. Dehors il pleut toujours, le vent redouble d’effort.

Je me mets en boule sous ma couette. Mes draps commencent enfin à grignoter ma chaleur humaine. Je me sens embryon. Enveloppé dans le noir et la fièvre de mon propre corps, je m’endors petit à petit, seconde après seconde. Je suis dans un premier sommeil où les gouttes de pluie me bercent, je les perçois à peine… clic… clic… clic… Le vent tape fort aux volets et ça me fait rire ; moi je suis en sécurité sous ma couette. C’est ce que mon esprit croit en tout cas.

Je dors. Je crois que je dors ? Je rêve, tout est flou tout est incertain. Toutes ces impulsions électriques m’offrent le monde Rêve. Une seconde de sommeil pour une éternité dans un rêve. Cette nuit, je ferai des milliers de rêves. Un meurtre, un amour perdu, un mort, des dents brisées et mon cri embrase la nuit.

Réveillé par mon râle, je pleure dans mes draps trempés. Voilà que c’est mon corps tout entier qui se met à pleuvoir.

jeudi 30 octobre 2008

Lettres secrètes

Ma chère Madeleine,

J’espère que tout va bien de ton côté et que Joe n’a pas continué de t’importuner avec ses lettres. Les garçons sont vraiment durs de la feuille ! Je suis en train d’en faire l’expérience figure-toi ! Je reçois de plus en plus de lettres anonymes ! Je soupçonne Jef... En tout cas, son écriture est dissimulée derrière des formes de neutralité, je le devine ! Mais je suis quasiment certaine qu’il s’agit de lui. Je crois vraiment que les garçons mettent du temps à comprendre nos décisions et surtout à les accepter sans se faire passer pour des victimes. Joe, Jacquot, Jef, Fabio et Pierrot… Ces cinq là, c’est compliqué !

Sinon à part ça tout va bien ! Cet après-midi je devrais normalement aller cueillir des champignons avec Fabio, il m’a promis de me faire découvrir des endroits merveilleux ! C’est que je commence à vraiment m’attacher à lui, je me demande encore s’il n’est pas trop jeune pour moi et si je ne suis pas une simple conquête de plus pour ce beau parleur ! Mais il me fait rire, c’est l’essentiel !

Ce matin très tôt, la bonne Margot a fait un vacarme de tous les diables dans la cuisine, je me demande bien ce qu’elle a bien pu encore nous préparer à manger ! Espérons qu’elle ne nous cuisine pas encore une de ses recettes dont elle seule a le secret et dont personne n’en voudrait ; souviens-toi la dernière fois comme sa cuisine nous a faites rire ! Au fond, c’est l’essentiel de rire !

Madeleine, je vais devoir achever cette lettre, donne moi de tes nouvelles, je suis curieuse de savoir ce qu’il se passe au fond de ton cœur, n’aie pas peur de te confier à ta plus vieille amie !

Suzanne.

post-scriptum : Merci pour les melons de Cavaillon, ils étaient délicieux.

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